Le Web2day 2018 a été marqué par une posture, si ce n’est de défiance, au moins d’interrogation vis à vis du numérique. Tentative de retour sur ces journées de conférences, avec pour débuter un retour sur la conférence d’introduction de l’évènement.

Cambridge analytica, protection des données, RGPD. Autant de sujets qui sont dans l’ère du temps et qui ont nécessairement impacté le Web2day 2018. Preuve en était avec la conférence d’ouverture du festival, basée sur l’Utopie numérique. Certainement une des plus marquantes de ces dernières années. Animée par Sandrine Roudaut, elle a permis de rappeler ce que coûte le numérique en matière écologique et énergétique. L’Utopiste, comme elle se définit, a ainsi rappelé que « un mail avec une pièce jointe, c’est l’équivalent d’une ampoule allumée pendant 1h ». Nombre d’outils numériques (smartphones, ordinateurs, tablettes…) sont aussi réalisés à partir de métaux rares, ce qui posera à terme la question de l’accès à ces ressources, aujourd’hui dépendantes en grande partie de la Chine.

Passer au biomimétisme

La solution ? Forcément « radicale » pour la cofondatrice de la société Alternité. « L’esclavage a été la norme » et pour autant des personnes ont « milité pour son abolition », et non « pour que les esclaves aient leurs mercredis… ». Il faudrait donc passer à des datacenters sans déperdition d’énergie, en les installant comme chauffage chez des particuliers par exemple. Le stockage de données ? Basé sur de l’ADN. Un ordinateur sans micro processeur ? Faisons-le à base de protéines ! Ces exemples ont un point commun : le biomimétisme, ou la reproduction de ce qui se fait dans la nature. A l’image d’un centre commercial du Zimbabwe dont « l’architecture s’inspire des termitières pour éviter l’utilisation de la climatisation ».

Du temps de cerveau disponible

Mais il y a autre chose pour Sandrine Roudaut : « notre cerveau est sous influence ». Celle de l’addiction à Google ou Facebook. Celle de l’habitude du portable qui agit sur le stress, le sommeil, l’attention. On arrive ainsi à « désapprendre des choses » et à « prendre moins de décisions ». Qui ne s’est jamais retrouvé totalement désemparé face à son GPS en panne… L’humain « perd confiance en son jugement » et « organise son obsolescence ». Il faudrait donc arriver à « un numérique conscient ». De quoi ? Que les ressources appartiennent à tous. Y compris aux générations futures. Pour arriver à leur laisser quelque chose, il faut donc un autre modèle. Et c’est là qu’intervient l’utopie.

Une conférence qui vise à changer le monde ?

Pas besoin de mobilisation massive, de grand mouvement. Selon Sandrine Roudaut, « une utopie se réalise en ordre dispersé, avec des trous dans la coque ». Elle file ainsi la comparaison avec l’apparition de la machine à vapeur, consécutif d’après elle à l’abolition de l’esclavage, en raison d’un manque de bras. Il faudrait alors passer d’un « numérique de l’ère industrielle à une ère nouvelle ». Et pour cela, « un petit nombre de gens peut suffire » car « un petit nombre de gens peut changer le monde, c’est toujours ainsi qu’il a changé ».