Les médias doivent créer leurs outils technologiques, grâce à leur propre R&D, pour éviter de se faire dépasser par des sociétés spécialistes dans ce domaine.

Le 15 mars 2016 avait lieu à l’Irisa le Computational Journalism, une journée de conférences sur des projets de recherche et développement (R&D) appliqués aux médias. Samuel Laurent, journaliste au Monde, et Ioana Manolescu, directrice de recherche chez Inria au centre de Saclay, sont par exemple venus présenter une solution permettant l’automatisation du fact-checking. Basé sur un principe de mise en contexte personnalisé de l’information, cet outil pourrait grandement servir au site les Décodeurs dont Samuel Laurent est le responsable. A la fois pour faire gagner du temps aux journalistes et apporter une meilleure expérience utilisateur aux lecteurs (voir les retours sur ces conférences sur le site de Ouest Médialab).

Melty et la Presse comme précurseurs

Cet exemple, et les projets présentés sur cette journée en général, montrent une chose : les médias doivent absolument développer leur R&D. Leurs outils de diffusion de contenu, quel que soit leur support, étant tributaires de la technologie, ils se doivent en effet de la maitriser au mieux. Cette R&D doit aussi permettre de proposer de nouvelles expériences d’information aux lecteurs. Dans le cas contraire, ce sont des nouveaux entrants qui pourraient s’en charger et balayer la presse traditionnelle en très peu de temps. La fameuse « Uberisation ».

Des exemples particulièrement édifiants existent déjà. Melty, le site d’information des jeunes, base ainsi le choix de ses sujets sur un algorithme prédictif. Il permet ainsi de détecter les tendances et donc de savoir quel contenu est attendu par le lecteur en fonction de l’actualité. De l’autre côté de l’Atlantique, le média québécois la Presse a développé un journal pour tablette, investissant au passage 40 millions d’euros dès 2010. Objectif ? Créer un nouveau modèle d’affaire pour compenser la baisse des ventes du papier. Résultat, le quotidien papier n’est plus publié que le samedi !

L’exemple de Trendsboard

Il faut maintenant aller plus loin. Les médias doivent à leur tour devenir des entreprises technologiques, sous peine de devenir totalement tributaires de Facebook, Google ou Apple (voir la nouvelle bataille est celle du contenu). Les médias ne seraient alors relégués qu’au rang de prestataire de ces entreprises, à condition que les GAFA ne décident pas un jour d’éditer eux-mêmes le contenu qui circule sur leurs plateformes. L’entreprise de Mark Zuckerberg est d’ailleurs sur les rangs pour acquérir les droits de la NFL, le championnat de football américain… Preuve qu’elle ne se contente pas de diffuser le contenu des autres.

Une personne a déjà bien compris cette problématique, Benoit Raphaël, qui a fondé l’entreprise Trendsboard. Son idée est de mettre en place des services pour les rédactions autour de la sémantique, du big data, des algorithmes de recommandation ou de l’analyse prédictive. Un concentré de tout ce qu’il faudrait dans chaque rédaction. Pour arriver à cela, l’autre solution est que chaque média internalise un tel service de R&D, qui pourrait alors travailler sur ses problématiques spécifiques, avec ses clients et son modèle d’affaire. Et si plutôt que d’embaucher des journalistes, les médias recrutaient donc des ingénieurs ?